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4e Fête de la renaissance à Songon-M’Brathé : Gbagbo veut déléguer ses pouvoirs

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Publié il y'a 15 heures
18.05.2026
Le chapeau

Porté par une mobilisation massive de ses partisans à Songon-M’Brathé, Laurent Gbagbo a profité de la 4e « Fête de la renaissance » pour relancer le débat sur les prisonniers politiques et fustiger le climat démocratique en Côte d’Ivoire. Le leader du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire a également critiqué les conditions de la présidentielle de 2025 et la gouvernance du pouvoir en place.

Avant que le président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-CI), Laurent Gbagbo, ne prenne la parole, le samedi 16 mai 2026, à Songon-M’Brathé, il a eu droit à une avalanche d’éloges. ‘’Laurent Gbagbo, la boussole du peuple ivoirien’’; ‘’Soutien à Laurent Gbagbo, notre référent politique pour le socialisme et le panafricanisme’’ ; ‘’Pour la cohésion sociale, libérez les prisonniers politiques’’ ou ‘’Laurent Gbagbo : de la prison à la présidence de la République’’ étaient lisibles sur les pancartes avec lesquelles les différentes délégations venues de tout le pays et de la diaspora ont défilé. D’ailleurs, sur le grand chapiteau qui abritait les officiels, un message clair interpelait : ‘’La prison ne résout pas les crises politiques’’. Écrite en lettres capitales, cette phrase donnait le ton en dessous d'une grande photographie de Laurent Gbagbo. 
En fait, la 4e ‘’Fête de la renaissance’’ qui se tenait était dédiée aux détenus que le Ppa-CI désigne par « prisonniers d'opinion ». 
Le leader du Ppa-CI, Laurent Gbagbo, a donc consacré une partie de son discours à la situation des détenus liés aux crises politiques. Il a dénoncé plus de 1 600 militants toujours en prison, dont 2 militants décédés en détention fin 2025. « Il faut travailler pour qu’ils soient libérés. Notre camarade de Man (Charles Rodel Dosso, Secrétaire général adjoint du Ppa-CI, Ndlr) est en prison pour avoir participé à une manifestation contre la vie chère. Pourtant, dire que la vie est chère n’est pas un crime. Quand j’étais président, des manifestations avaient eu lieu après la hausse du carburant. Je n’ai pas fait emprisonner les manifestants, nous avons discuté », a-t-il rappelé. 
Il s’est aussi interrogé sur le cas du cyberactiviste Ibrahim Zigui, 25 ans : « Que cherchez-vous chez ce petit-là ? Lui, il va faire un coup d’État avec les réseaux sociaux ? ». Il a demandé à ses partisans de ne pas oublier les prisonniers. « Je suis venu vous saluer mais je suis venu vous dire de ne pas oublier nos amis, les prisonniers », a-t-il dit sous les ovations des militants réunis en nombre à Songon-M’Brathé.
Pour l’ex-chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, la démocratie implique la liberté d’expression. « On ne devrait pas emprisonner quelqu’un simplement parce qu’il affirme que la vie est chère. Certains disent que je répète toujours les mêmes choses. Oui, parce que la liberté doit être défendue chaque fois qu’elle est menacée », a-t-il insisté. 
Le leader politique d’expliquer ce que c’est la démocratie : « La démocratie pour laquelle nous sommes battus et pour laquelle nous nous battons, c'est pour que chacun puisse exprimer son opinion ». Et d’ajouter : « Quand je dis qu'il faut la liberté et ils reviennent l’effacer, je suis obligé de revenir pour dire qu'il faut la liberté. Ce rassemblement est pour penser à tous nos amis qui sont en prison parce que leur pensée n'est pas conforme à celle de ceux qui sont au pouvoir ».

« Réélu avec plus de 89% »
Revenu sur le déroulement du scrutin présidentiel du samedi 25 octobre 2025 avec le plébiscite du président sortant Alassane Ouattara, l’ancien chef de l’Etat a ironisé sur les conditions électorales en Côte d’Ivoire. « On organise une élection présidentielle, puis on retire les noms de certains candidats. Pourquoi ? On retire la candidature de Thiam, celle de Gbagbo et celle de Soro… pourquoi ? C’est enfantin ! Et en plus, on met en place une Commission électorale “façon-façon”. Ils viennent de la dissoudre. Moi, je me tais pour le moment parce que je ne sais pas ce qu’ils vont faire. Je ne sais pas si ce qu’ils vont faire est plus dangereux que ce qu’ils faisaient déjà », a-t-il lancé. Avant de tancer son prédécesseur : « Réélu avec plus de 89%. Mais les blancs que tu fréquentes là, ils ne te disent pas que c'est ridicule ».
Laurent Gbagbo a aussi critiqué la gestion de la filière cacao, déplorant la méconnaissance des décideurs actuels sur le travail des producteurs. D’où son appel au renforcement de l’intégration. « Il faut que l’Afrique fasse du commerce interafricain », a-t-il suggéré.
Le dirigeant socialiste a appelé à une prise de responsabilité des Africains face aux crises sécuritaires. Citant le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Nigeria, il a plaidé pour une intervention africaine coordonnée. « Les Africains doivent s'organiser pour intervenir dans les pays où les rébellions sévissent, pour aider ces pays à rester solides. Il faut militer pour que les Africains s'organisent. Il faut que cela soit à l'ordre du jour à l'Union africaine, pour la stabilité de l'Afrique. Sans stabilité il n'y a pas de développement », a martelé M. Gbagbo. 
Sur la scène internationale, le président du Ppa-CI a critiqué le silence de l’Afrique face aux frappes de Washington et d’Israël sur l’Iran. Il a réaffirmé sa position sur le conflit israélo-palestinien : « Tant qu’il n’y a pas un État palestinien, cette guerre ne va pas finir. C’est logique ».
Après sa réélection par le congrès, par acclamation, à la présidence du Ppa-CI, le jeudi 14 mai 2026, Laurent Gbagbo a annoncé des dispositions pour réduire sa contribution quotidienne au fonctionnement de son parti. Cela, après l’organisation des congrès électifs pour les femmes et les jeunes. « Après ces congrès, je vais déléguer les pouvoirs de président mais je n’ai pas dit que je vais nommer mon successeur. Pas du tout. Je vais déléguer pour que le parti puisse continuer à fonctionner », a-t-il précisé, visiblement diminué physiquement par l’âge et les épreuves mais toujours aussi bel orateur. 

Hommage aux prisonniers
Le président du parti de gauche souverainiste a été précédé au pupitre par le président de la Commission Hommage, son fils Michel Gbagbo. Pour ce dernier, le rassemblement est « la fête d'une mémoire vivante, notre référent politique ». Il a ajouté que son parti fête aussi les prisonniers. « Ils vont beau nous enterrer, on va toujours renaître. C'est parce que les gens sont enfermés en Côte d'Ivoire que nous fêtons la renaissance. Nous leur disons courage. Tenez bon. Le peuple de Côte d'Ivoire ne vous a pas abandonnés. Nous n'allons pas les oublier », a déclaré l’ancien député de Yopougon. Pour Gbagbo fils, son parti n’est pas opposé à la Côte d’Ivoire mais « nous sommes opposés à la dictature qui est en place ». « Nous ne sommes pas là pour opposer les Ivoiriens aux Ivoiriens. Tout ce qui se lève, se couche. Et tout ce qui se couche, se lève. Le temps est venu pour que ceux qui sont debout se couchent. Il ne peut pas y avoir de paix sans le Ppa-CI et il ne peut pas y avoir de paix sans le président Laurent Gbagbo », s’est-il convaincu. 
Vice-présidente exécutive en charge des fédérations d'Abidjan, Agnès Monnet a, de son côté, salué la « mobilisation extraordinaire témoignée à Laurent Gbagbo ». « La fête que nous célébrons est celle d'un peuple debout. Un appel à la résilience face à nos camarades injustement détenus et à la reconquête du pouvoir », a-t-elle lancé. 
Pour la Coordonnatrice adjointe de l'Initiative pour la libération des prisonniers politiques (Ilpo), Odette Sauyet Likikouet, cette organisation « recherche la stratégie pour faire face aux épreuves auxquelles le Ppa-CI fait face ». Elle a dénoncé les violations des droits humains par le régime du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), et le manque d’accès aux soins des détenus. Parmi plus de 1 658 pensionnaires des geôles de Côte d’Ivoire, elle a regretté que « 37 sont des femmes dont 3 enceintes ». « Ces femmes vivent dans des conditions particulièrement difficiles », a-t-elle rendu compte aux nombreux militants et sympathisants présents. 
Elle a également mentionné le cas de mineurs détenus. Ce qui est, selon elle, une grande préoccupation au regard du droit international. 
L’ancienne ministre du Tourisme et de l’artisanat, Odette Sauyet Likikouet, a fait savoir que l’Ilpo apporte un « soutien alimentaire aux familles fragilisées » et remet des « kits alimentaires aux détenus ». Il en est de même du soutien à la scolarité des enfants des détenus. « Mais les difficultés demeurent à cause du nombre important de détenus à assister et de l’éloignement des prisons. Il faut renforcer les conditions sanitaires dans les prisons ivoiriennes », a-t-elle plaidé. Président du comité d’organisation (Pco) de la Fête de la renaissance, Léon Emmanuel Monnet s’est contenté de remercier les militants pour la grande mobilisation et a remercié la direction et les sections de son parti pour l’engagement à la réussite de ce rassemblement. 

 

Signature
Omar Abdel Kader TANI
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