Interrogée sur les raisons de cette absence par le site connectionivoirienne.net, le mardi 23 juin 2026, la porte-parole de Laurent Gbagbo, président du Ppa-CI, Me Habiba Touré, a livré sa part de vérité. « Nous avions demandé l’ordre du jour de la réunion, notamment si les questions relatives aux récents déguerpissements, les prisonniers d’opinion et le pouvoir d’achat allaient être abordées. Malheureusement, nous n’avons obtenu aucune réponse, et n’avons donc pas été mis en mesure de préparer la réunion », a regretté Me Touré.
Contacté par téléphone, l’ancien Secrétaire général (Sg) du parti de Gbagbo, Jean-Gervais Tchéïdé, a abondé dans le même sens que Me Habiba Touré. Pour lui, effectivement, son parti, en pleine restructuration, n’a pas reçu des précisions sur l’ordre du jour de l’invitation gouvernementale. « A ce que je sache, ni les services de la Primature ni ceux du ministère de l’Intérieur n’ont daigné répondre à notre demande. Et comme on ne pouvait rien préparer sans savoir l’ordre du jour, on s’est abstenus. On ne pouvait y aller en ignorance totale des sujets à aborder », a ajouté l’ex-député de la circonscription de Blolequin.
Il a également fait savoir que depuis janvier 2026, son parti a écrit au Premier ministre pour avoir un rendez-vous où les deux parties allaient débattre « des préoccupations actuelles des Ivoiriens ». « Dès que nous avons reçu l’invitation, nous avons cru que c’était la réponse à notre rendez-vous. C’est pour cela que nous avons demandé l’ordre du jour afin de pouvoir préparer quelque chose », a dit M. Tchéïdé.
De son côté, le Secrétaire technique national (Snt) chargé de la Communication du Ppa-CI, Steve Beko, de son vrai nom Fabrice Lago, a rappelé, mardi 23 juin 2026, sur sa page Facebook « … qu’une réunion se prépare sur la base d’un ordre du jour connu de tous les participants ». « Même dans les plus modestes associations ou Mutuelles villageoises, les personnes conviées sont informées à l’avance des sujets qui seront abordés », a-t-il posté. Et de conclure : « Au final, la rencontre s’est apparentée à une communication unilatérale du Premier ministre. Après avoir lu son discours, celui-ci a quitté les lieux sans ouvrir de véritables cadres d’échanges. Les représentants de l’opposition présents dans la salle, y compris ceux installés aux premiers rangs, n’ont pas eu l’occasion de prendre la parole ». Pour le responsable politique, son parti se tient cependant prêt pour « le débat de fond sur cette proposition ».
« Empressement réel »
Quant à l’ex-Snt, Gilles Christ Djédjé (Marcelin Gnahoua, Ndlr), il est un peu plus virulent sur l’absence de sa formation politique à cette réunion sur sa page Facebook. Dans son post titré ‘’La comédie des décombres’’, il a noté que « l’invitation était floue, l’ordre du jour secret, mais l’empressement bien réel ». « Certains observateurs, un brin, naïfs, ont immédiatement hurlé au ‘’dialogue politique’’. Quelle douce illusion. La douche froide est venue de la bouche même du chef du gouvernement : point de négociation, messieurs-dames, juste une ‘’séance d’information’’. Circulez, il n’y a rien à débattre », s’est-il moqué. M. Djédjé a martelé que la méthode confine au ridicule. Il a estimé que si l’objectif était vraiment de satisfaire les griefs des opposants, la logique la plus élémentaire aurait voulu qu’on leur demande, au moins une fois, quelle Cei ils souhaitaient. « Au lieu de cela, le pouvoir concocte sa propre recette dans l’arrière-boutique et convoque le parterre politique pour lui présenter un squelette de réorganisation déjà bien ficelé. Avait-on réellement besoin de déranger des personnalités politiques de premier plan pour une simple lecture de notes ? Un communiqué officiel ou un e-mail groupé aurait amplement suffi », a-t-il donné son verdict.
Mais les griefs de l’ancien Snt ne se sont pas limités là. « En réalité, cette mise en scène administrative cache une manœuvre bien plus grossière. Ce prétendu grand rendez-vous républicain n'est qu'un contre-feu médiatique grossier destiné à étouffer le scandale et le drame humain de Koumassi-Campement. Face aux décombres, aux familles à la rue et aux larmes du déguerpissement, le pouvoir offre une homélie technocratique sur les structures électorales. Un timing cynique », a-t-il dénoncé.
Gilles Christ Djédjé a posté que son parti a eu le nez creux en refusant de « s'asseoir dans cette salle des dupes, refusant de servir de faire-valoir à cet exercice (…) ». « En observant ce théâtre de l'absurde, où l'on informe les acteurs politiques de leur propre sort sans jamais les consulter, on se croirait transporté en plein ‘’Parlement du rire’’. Michel Gohou n'aurait pas renié une telle mise en scène. Sauf qu'ici, la comédie du pouvoir se joue devant les ruines fumantes de Koumassi, et le spectacle est d’un ridicule achevé », a-t-il relevé.